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Umberto Lusardi

Article paru dans NOIRS TALONS de décembre 1998

Immigré, ouvrier mineur , poète et musicien chrétien : Umberto Lusardi.
L'oublierions-nous ? Les immigrés venus d'Italie il y a une cinquantaine d'années ont quitté leur pays de soleil et de chansons pour descendre dans
nos charbonnages de sinistre mémoire.
Mais ils avaient gardé le soleil dans leur coeur et plusieurs l'ont fait briller par leurs chants, leur musique, leur poésie...
Umberto Lusardi dont le 25ème anniversaire de la mort se situe en ce mois de décembre 1998 fut des ces immigré italiens, ouvrier mineur, converti au
protestantisme (communauté des frères Darbystes).
Il s'est adonné à la musique (guitare), à la sculpture sur bois et à la poésie et pas mal de borains ont eu la chance d'apprendre la guitare avec lui.
Son cahier de poésie commence en première page par "MEMORIA" écrit à Porteuza en 1923 suivit de la mention "scritto nel 1947".
On y trouve 37 poésies originales en Italien. Mais Umberto Lusardi s'est également essayé à écrire quelques poésies en langue Française. Poésies
encore hésitantes, groupées dans les 6 premiers mois de l'année 1954, dans lesquelles la rime l'emporte parfois sur le sens.
Mais poésies pleines de fraîcheur que ces phrases simples du mineur émigré
dans lesquelles percent avec ingénuité le témoignage de sa foi et l'amour des siens.
Communiqué par sa fille Dina Lusardi Liens menant vers quelques poèmes d'Umberto Salardi:

LES SOUHAITS.
MAMAN
CETTE NUIT LA...
TOUT PRES DE MA FENETRE...
 

D'autres poèmes:

UN MOINEAU

Un moineau dit à ses frères
Venez donc  et suivez moi
Nous avons tout à surcroit
Dans ce petit coin de terre.

Leur murmure va de pair
Puis s'envole sur les toits
Un deuxième dit tout bas
Par ici...ne craignez guère

Mais suivant ce vieux moineau
Ils sont pris aux vilains pièges
Que cachait la blanche neige.

L'imprudence est un fardeau
Qui bien vite nous entraîne
A travers la vaste plaine
Ou s'égarera l'oiseau

(7 février 1954)


LA CLOCHE

La cloche tinte au village
Debout de très bon matin
Des femmes avec leurs gamins
S'en vont,prestes, rendre hommage.

Familières à ce langage
Dans l'Eglise Saint Bastien
L'une rit, l'autre se plaint
Face aux inertes images

Déployant le même zèle
Tous ces gens sont des modèles
Mais hélas, quelle est leur foi ?

Dieu pourtant du ciel les voit
C'est en vain que leurs prières
Sont redites sur la terre
Car au ciel ne montent pas.
(9 février 1954)


DANS LA MER CALME

Dans la mer calme ou sommeille  l'onde
Un frêle esquif se meut lentement
Conduit par deux tout jeunes amants
Dont la pensée rêve et vagabonde...

Enfin libres et maîtres du monde
Nouant davantage leurs serments
Du danger proche sont inconscients
Car les vagues menacent et grondent.

Elles sont jalouses de l'idylle
Et au bonheur même sont hostiles
Bientôt l'esquif aura disparu.

Mais bravant la fureur de la mer
Comme lié de chaînes de fer
Le couple se serre, résolu
Devant le gouffre de l'inconnu.

(13.2.1954)


C'ETAIT UNE ROSE...

C'était une rose, parmi tant d'autres fleurs
Qui ingénument et dans un muet langage
Bravant la prudence que requérait son âge
Venait tout près de moi, répandre son odeur.

Ne voulant pas goûter du baume la senteur
De ses aveux naïfs, je repoussais le gage
De l'être trop aimant, non pas que je fus sage:
J'étais indifférent au rêve d'un bonheur.

La rose s'en alla avec tous ses pétales
Pour embaumer un autre bien plus averti
Sentit ce doux parfum et combien, se régale.

La vie de chacun est si mystérieuse
Ailleurs et bien loin étant alors parti
Je connus une fleur non pas moins précieuse...
Je ne la revis plus, ma première rêveuse.

(17 fevrier 1954)


UN CANARI

Un canari
Rit
Et dans sa cage
claquant du bec
sec
comme de rage
chante et poursuit
oui
celle qu'il aime.

Elle, pourtant,
prend
le dessus-même.
Mais le serin
vient
plus fort encore...

C'est le bonheur
leur
plus belle aurore.

(19 mars 1954)



ENFANT

Enfant, tous les jours que tu vois paraître
Sont comme l'aurore et le ciel serein
Ou comme la fleur que nous voyons naître
Et dont le parfum se disperse au loin.

Reflets bien réels de l'être et des choses
Auréole éphémère du bonheur
Comme l'herbe verte et comme les roses
Les beaux jours s'en vont et serrent le coeur.

L'emphase d'amour n'est vraiment qu'un songe
Où se tient caché le spectre enchanteur
De cet invisible roi du mensonge
Qui veut nous courber sous son joug trompeur

Mais pour échapper à ce sort funeste
Il reste pourtant un chemin tracé:
Rejeter au loin les choses terrestres
Suivre celui qui nous a devancés.

Sur le bois maudit, percé par le glaive,
Où l'a suspendu un monde insensé
Enivré d'orgueil, à voir que son rêve
En ce jour, enfin ,s'est réalisé.

Pour eux et pour nous, il subit la peine
Fils de Dieu fait homme, juste et parfait
Il monte à son père et sur nous promène
son regard, répand ses nombreux bienfaits.

Dans ces doux moments, Sauveur de nos âmes
Pour nos chers enfants, unis à toujours,
Nous te supplions: fais vivre la flamme
De zèle, de foi, de piété, d'amour.

Car unis en toi, les liens sont tendres
Qu'ils suivent tes pas avec calme et foi
Et mets dans leur coeur le désir d'apprendre
A te suivre mieux, à n'aimer que toi.

Comme les oiseaux, vous avez des ailes
Tout vous appartient: la plaine, les bois
Mais souvenez-vous toujours du modèle:
L'ennemi vous guette et vous tend ses lacs.

Mais pour éviter ses ruses amères
Dans un même élan, ployez les genoux
Ensemble, élevez à Dieu vos prières:
Des sources d'eau vives couleront pour vous.

Ainsi en attendant à deux sa venur
Parcourant en paix le chemin glissant
Vous irez bientôt vers lui, sur la nue
Au grand jour béni du Rassemblement.

(15 juin 1954)


DESTIN

Combien mystérieux tu reste, ô Destin
En toi comme en la nuit tout avenir se cache
Tu fais jaillir la joie ou les maux sans relâche
Que t'importe si court ou long est le chemin.

Sur l'être qui n'est plus, pleurant main dans la main
Tous ceux qu'un pur lien d'affection attache
Aujourd'hui t' ont maudit... mais ton silence lâche
Les laissa front baissé, seuls avec leur chagrin.

Suprême allégement du fatum qu'on abhorre
A l'instant où la tombe engloutit le défunt
Une autre âme paraît, fraîche comme l'aurore.

Destin, toi, l'incompris deviens le protecteur
De la fragilité, du suave parfum
De ce chétif enfant attendu dans les pleurs

Tandis qu'en paix repose, celle que tu nous pris.

(Traduit de l' Italien - 2 avril 1957)